Des semi-remorques, des escalators, des oblitérateurs… L’univers artistique de Simon Quéheillard est peuplé de machines.(…) De même qu’il n’a pas voulu mener de front la pratique de l’art et de la musique hardcore, sa première passion, Simon Quéheillard travaille par phases : entier dans ses choix, il expérimente successivement des mécanismes jusqu’à l’épuisement, semble-t-il, de leurs possibilités d’interprétations.
2001–2002 marque la période de ses premières œuvres : des dessins réalisés avec des oblitérateurs, que l’artiste qualifie de « tentative de poésie visuelle avec des chiffres ».

2003–2008 est la période dite « des flaques d’eau », marquant ses débuts dans la vidéo. Dans son premier film, Ce que j’ai sous les yeux, Simon Quéheillard fabrique des flaques pour y faire apparaître des reflets, « comme on fait naître une photographie ». (…)

2009–2021 sont les années « burlesques » : « La mécanique plaquée sur du vivant [en référence à la phrase de Bergson sur le rire], cela me convient très bien pour définir mes œuvres burlesques. » Une lutte entre la machine et l’organique représentée dans Le Travail du piéton (2009–2017), où il filmait des sorties d’escalator. « Huit ans durant lesquels j’ai sans cesse refait le montage. Il y a des œuvres qui résistent… » Quatre films seront réalisés durant cette période, dont le dernier, Une embuscade en suspens (2021), a été produit par La Forêt d’art contemporain sous le commissariat de Jean-François Dumont. Le film est ensuite acquis par les amis du Frac MÉCA avant d’intégrer la collection. Une belle opportunité, selon son auteur : « Une œuvre, il faut qu’elle vive, et pour cela, le Frac est un véritable tremplin. »

2022 date le début d’une quatrième phase dans laquelle Simon Quéheillard utilise les mots pour faire des œuvres : « Il m’aura fallu vingt ans pour mettre du langage dans l’art. »

Marie-Pierre Quintard.

Le Mécano de l’art
Texte de Marie-Pierre Quintard à l’occasion des 40 ans du Frac Méca Nouvelle Aquitaine, en 2023.