À l’invitation Föhn, regard est porté par critique sur travail d’un artiste, survenu 21 mai 2022 Bibliothèque Mériadeck Bordeaux. Philippe Fernandez fut convié jour-là assister performance l’artiste Simon Quéheillard, 10 énoncés. résulte cette rencontre texte suivant.
Le décalagiste
Philippe Fernandez
« cet instant précis, durant temps traversée, toute personne trouvant sur escalator réalisera tour force penser rien. »
C’est quatrième fois qu’une voix ton timbre inhabituel dans genre d’endroit, grande bibliothèque publique Bordeaux, sort des haut-parleurs semble s’adresser aux usagers lieu. Ceux-ci, soit parce qu’ils ont l’affichette l’entrée avertissant performance qui dérouler samedi 16 17 heures, soit parce que leur lecture leurs jeux société, pour les plus jeunes, les accaparent davantage, n’en semblent pas spécialement émus. Peut-être que les gens empruntant les escalators sentent davantage concernés, puisque les « énoncés » Simon Quéheillard, tels qu’il les nommés, s’y réfèrent exclusivement. pire, l’indifférence gênera pas l’artiste, comme confiera ensuite lors d’une rencontre avec public qui suivra performance, pourrait même passer pour une caractéristique son travail : est effet possible pas prêter attention, pas s’intéresser, pas voir, dans cas des propositions plastiques ; cela n’empêche pas travail d’exister, même contraire, serait-on tenté dire, car c’est ainsi qu’il distingue nombre propositions plus tape l’œil, tapageuses, démarque par très notable modestie, présence dans réel qui cherche pas transformer mais juste l’habiter. C’est déjà que permettait penser vidéo travail piéton, qui investissait aussi l’escalator comme lieu symbolique d’une pratique inscrite dans réel, cœur d’un public involontaire éventuellement indifférent (à l’exception notable d’un enfant, seul intéressé par dysfonctionnement cet escalator métro charriant certain nombre d’objets plus moins incongrus, feuilles papier d’emballage qui mettent danser avec une grâce inattendue, des gobelets plein d’eau tenus par scotch sur ses mains courantes jusqu’à leur chute éclaboussante sur trottoir). Une pratique plastique qui s’installe donc situ, mais plus encore dans une temporalité, permise par mouvement continu l’escalator des piétons dans cas cette vidéo, par temps passé dessus faire transporter d’un étage l’autre dans cette bibliothèque.
Six minutes sont écoulées. voix, posée, amicale sans affectation, que l’on commence attendre avec curiosité, retentit nouveau : « Exercice deux parties : cet instant précis, toute personne franchissant seuil départ d’un escalator méditera jour naissance… » Court silence. « cet instant précis, toute personne franchissant seuil d’arrivée d’un escalator méditera propre mort. » Ah, semblait qu’on allait rester une assez, voire peu trop sage, objectivation situation (énoncé 3 : « temps traversée d’un escalator est : top… voilà, terminé. »), façon art conceptuel historique (énoncé 2 : « cet instant précis, durant temps traversée, toute personne trouvant sur escalator fait partie cette œuvre. »), mais, non, une certaine profondeur existentielle s’invite peu peu dans dispositif, l’esprit l’auditeur vacille entre deux satisfactions, celle l’intelligence proposition, celle livrer ses injonctions troublantes. Certaines sont plus difficiles accomplir : « cet instant précis, toute personne trouvant sur escalator est frappée par nombre incalculable souvenirs. » sollicitation est plus abstraite, moins précise, plus ouverte, plus poétique.
C’est une dimension sur laquelle faut insister : travail Simon Quéheillard regorge poésie. Une poésie toute plasticienne, dont les maîtres revendiqués s’appellent Robert Barry Douglas Huebler (catégorisés comme artistes conceptuels, mais regarder plus près grands pourvoyeurs dispositifs éminemment poétiques), références auxquelles bien envie notre côté d’ajouter Jenny Holzer (pour les Truisms affichés dans l’espace public), Yoko Ono presque tout Fluxus (pour poétique politique banal), encore Fischli Weiss (pour vidéo-culte Der Lauf der Dinge), ratage plus. Dans film Maitre-vent (2012), qui présente quasiment comme une performance filmée, l’artiste soumet effet des assemblages équilibre précaire pauvres objets (un morceau polystyrène, vieux parapluie, bout tuyau d’évacuation, pied lampadaire…) aux turpitudes souffle des camions qui passent proximité, leur donnant une nouvelle vie, les ressuscitant manière étonnamment émouvante. C’est absurde, bizarrement prenant, l’artiste apparaît, autre trait poétique, personnage quelque peu décalé (vêtements informes chapeau improbable répondant aucune mode) squattant bord route pour livrer d’étranges expérimentations quand les camions plein marchandises tracent leur.
Ne croyez pas qu’on s’égare, cinéma travaille bien l’œuvre notre poète-plasticien, qui plutôt jusqu’à maintenant laissé une trace travers des caméras, qui accomplissait fait, 21 mai 2022, première performance sens strict mot (et par savoureux paradoxe toute invisibilité). Entendez plutôt : 9e énoncé : « vitesse défilement des images cinéma est 24 images par seconde. vitesse défilement des marches d’un escalator est : top, top, top… » développera également cours rencontre avec public les analogies qui l’interpellent entre ces deux machines (le projecteur, l’escalator). Occasion d’évoquer ici film plus récent, proprement sidérant, réalisé 2021 dans cadre Forêt d’Art Contemporain (Une embuscade suspens). Car retrouve, presque dix ans plus tard, même personnage jouant avec l’ordre des choses, pour coup pleinement performeur, synthèse très personnelle Buster Keaton d’artiste contemporain.
Un mot sujet, d’ailleurs, contemporain. Encore quelque chose penser partir l’univers cet encore (mais plus tout fait) jeune artiste. même manière qu’il fonde son art poésie sur les objets usés, détraqués, incomplets, délaissés, place dans contemporain définit paradoxalement par l’attachement art d’avant internet d’autres choses d’aujourd’hui (le directement politique notamment), comme rebours l’accélération monde (de vitesse des camions, des flux piétons déversés par les escalators métro, l’instantanéité des images qui laissent plus penser).
À demande bibliothèque, une rencontre avec l’artiste était donc proposée suite performance. Sincère sans filtre, celui-ci livré quelques éléments ses réflexions récurrentes sur les dispositifs fabrication des images, ses références. Parmi celles-ci, déjà nommées, hommage l’un ses professeurs l’école des Beaux-arts Bordeaux (où étudié une vingtaine d’années), Emmanuel Hocquard, qui l’a initié l’art conceptuel poésie objectiviste (exploration stricte réel rejet métaphore). C’est bien ces deux dimensions qui semblent les piliers son travail économe, léger comme vent, aussi réfléchi que désinvolte. Car ces deux dimensions, Simon Quéheillard aura rajouté une, qui n’appartient qu’à lui lie entre elles ses propositions apparitions somme toute parcimonieuses : celle décalage. Quand intervient dans l’espace public, c’est manière que plupart des gens passent côté ; quand fait sculpture, c’est s’arrangeant pour que tienne pas debout ; quand représente artiste, opte pour les atours déclassement ; quand est invité résidence pour créer une œuvre liée forêt, les arbres tombent comme des mouches ; quand lui propose une performance, joue l’invisibilité.
À cet instant précis, toute personne étant arrivée cet endroit texte méditera cette singulière attitude.
Philippe Fernandez
plateforme Fohn
Juin 2022