Paris, novembre 2014.
Cher Ismaïl,
retour pays natal, nous recevons aujourd’hui toi ces “cartes postales” filmées Tunisie. Dans cette salle, domine l’obscurité, jamais myopie n’aura été grande. Les images projetées, dorénavant étendues l’échelle d’un mur, ont toute l’apparence d’une tapisserie. Des tapisseries dans une chambre obscure. Dans cette chambre noire salle d’exposition, les images succèdent par périodes. Périodes lumière d’obscurité, elles présentent nous comme «un feu tournant éclipses», auxquelles succèdent quelques éclats, certains beaucoup plus vifs, d’autres plus courts plus fréquents. fréquence est celle d’un vent, agitant petit rectangle carton disposé devant lentille. Entre ici ailleurs, détermine mouvement permanent. Images d’une terre éloignée vue d’ici. Signaux d’un phare vue terre, Tunisie. Cette salle obscure nous nous trouvons, dans simulation d’un mécanisme. D’un battement paupière, regard traverse l’océan. Une traversée nocturne. Tant que domine l’obscurité, perçoit que grain propre rétine. mer ciel confondus forment grand mur noir. Vision rapprochée d’un espace sans fond, sans limite contour. Après moment, l’immensité laisse percevoir. l’horizon dessine entre les différentes teintes obscures. Passant proche lointain, rétine paysage.
je laisse une lumière éteindras
Ce vers Claude Royet-Journoud, simplicité déconcertante absolue, décrit une situation veille dans pénombre. main main, filament. Pour chacun nous, remémorer puis divaguer, jusqu’à extinction. Phase laquelle succède sommeil, retraçant mot pour mot trajectoire ton exposition.
Les images obstruées voilent dévoilent l’infini. Ainsi trajet parcouru perpétue sans cesse chaque tentative. Voyage que entrepris. D’un continent l’autre, incessamment refaire trajet. Deux blocs d’espaces contigus, l’on tient sur seuil. Ils dépaysent l’un l’autre. chambre & paysage.
Images comme pourrait être nom voyage. Voir comme vient. Sans but, faire sorte pas vouloir. Comment trahir ses propres intentions? Les images font qu’il faut quand elles font pas. Jack Spicer définissait poème comme «ne pas vraiment vouloir pas dire que n’as pas envie dire». qui deviendrait pour toi (à l’attention caméraman-reporter): «ne pas vraiment vouloir pas voir que n’as pas envie montrer». delà vertige cette triple négation, nous pourrions traduire par «ne pas vouloir que envie montrer». encore: «vouloir voir que n’as pas envie montrer». Vouloir, c’est partir Tunisie. pas vouloir, c’est obstruer lentille d’un petit rectangle carton. Alors sommeil nous permettrait-il surmonter cela.
Que puis-je voir malgré moi? Que voit-on malgré tout? que reste-t-il que vois pas? Détournant regard son but, une œillère tient devant l’objectif. «Recouvrant ainsi une partie des yeux champ vision l’animal.» vision bornée est celle d’un handicap. système blocage. Pour commencer, sommeil ignore, que nous vivons, les choses les plus immédiates. Tourner dos. Une œillère pour détacher. plus proche rétine. Pour pas assigner regard but, une image trahit. Comme perçoit halo d’une bougie, détournant regard flamme. regarde pas halo d’une bougie. Vues dos, des images circulent, tout autour, bordure.
Tapisserie dans leur principe. Des images fond, plus fortes que tout, personne les regarde. l’autre côté, pendant que défile, des gens qui parlent tous dans noir, avec les mains.
Jack Spicer: L’océan n’a pas l’intention d’être écouté.
Sans but, brise sur rivage. Les images veillent sont pas remarquables. Leur flot sous-jacent. Elles circulent partout sans jamais lasser. arrière-pays. plus pouvoir s’endormir sans bruit des vagues.
Tu retourné là-bas pour que les images nous reviennent pays. divagues, cher ami. Images bloquées. L’obstruction nous éloigne. Pas tant une série d’amorces comme croyais, rétention demeure plus forte que possibilité l’envie voir. Pas tant une amorce, qu’un reste. Une lueur dans pénombre. qui reste dans retenue, retard. Des images seconde main. Rappeler mémoire seuil l’endormissement. Mémoire dont confies vent soin prendre charge les images. bien secondé dans ton entreprise. courant d’air dans tête traverse ton cerveau.
Images seconde main. Vieux stock délavé. Faire briller mémoire dans perte. filament, une image. parti? Quand reviendras-tu? C’est toujours dernière fois pour des yeux qui clignent.
La Méditerranée, dite «mer milieu». Franchir par l’obturateur passage. Pas tant d’une image l’autre (entre deux noirs), qu’entre deux pays, deux espaces. Dans fermeture, l’espace s’accomplit. Chambre noire d’un arrière-pays. Espérer dans fermeture une image.
Et pendant que défile, fatigue bien trop, quand l’œil permanence bute sur cache. Des images qui n’ont pas l’intention d’être vues. Comme n’importe quoi d’autre d’ailleurs, qui existe comme ça. L’occasion, tout compte fait, voir dont fout, d’abord. Une vache l’océan. Des images enfin pour ceux qui n’en veulent pas.
Ce qui est laissé vaut mieux. D’où présence bois flotté. Morceaux bois surface l’océan. Les bruits là, large, sourds brefs. Rien qui nous soit priori destiné. Aucun appel part d’autre. Bois dérive. qui est laissé trouve cette possibilité saisie fortuite saisie non-nécessaire. Double détournement, complicité même. Ils viennent battre rivage. bientôt.
Les images veillent autour de moi
Lettre à Ismaïl Bahri
Exposition Sommeils,
Espace Khiasma
2014
Sommeils est une installation vidéo d’Ismaïl Bahri. Lors de la prise de vue, un petit rectangle de carton est disposé devant l’objectif de la caméra. Il se soulève au hasard sous l’impulsion du vent. Les images enregistrées sont ensuite projetées aux dimensions des murs dans la salle, à plusieurs emplacements. Successivement, l’obturateur-mur se soulève, dévoilant les images, puis se ferme pour redevenir mur, dans l’obscurité de la salle d’exposition.